Lettre d'information Mars 2026 | | Chers amis, Ce début d’année aura été marqué par des conditions peu communes. Près de 1000 mm de pluie en trois mois — l’équivalent de ces trois dernières années sur le domaine. La vigne a ralenti, les sols se sont chargés d’eau, et nous avons dû nous adapter, jour après jour. Dans ces moments-là, notre métier prend tout son sens : observer, comprendre, accompagner… plutôt que contraindre. Cela implique parfois de faire des choix exigeants, et de renoncer à certaines évidences. Nous travaillons avec le temps. Pas contre lui. | | | | | Au milieu de cette période exigeante, une belle nouvelle est venue récompenser le travail accompli. Quatre vins ont été présentés à concours. Les quatre ont été distingués, avec deux médailles d'or et deux médailles d'argent. Une reconnaissance qui nous touche sincèrement, car elle valide des choix que nous faisons depuis le début : prendre le temps, privilégier l’équilibre, et laisser chaque vin aller au bout de son expression. Certains vins demandent plus de patience que d’autres. C’est le cas de La Crose, notre Carignan, que nous considérons depuis longtemps comme un vin central du domaine. Ou encore de Cardanès, notre Mourvèdre. Des vins qui ne se révèlent pas toujours immédiatement, mais qui prennent tout leur sens dans le temps et à table. Nous avons récemment eu l’occasion de les présenter lors de master class. Ces moments sont précieux. Ils permettent de prendre le temps de goûter, d’échanger, de comprendre. On y redécouvre que le vin peut être autre chose qu’un simple produit : une histoire, un lieu, une intention. C’est dans cet esprit que nous poursuivons notre travail, avec l’envie de faire des vins sincères, exigeants, et de les partager avec ceux qui prennent le temps de les découvrir. Et maintenant, les sols commencent à ressuyer. Les travaux vont pouvoir reprendre. La saison s’ouvre, avec son lot d’incertitudes… et d’espoirs. Dans l'attente de la prochaine lettre d'information, nous serons ravis de vous accueillir au domaine pour partager ces vins avec vous. À très bentôt, Christophe & Sylvie | | Un équilibre sous tension | | Quand le climat impose ses règles | | "Oui, je sais : un paysan n’est jamais content." Depuis trois ans, nous nous plaignions du manque d’eau. Aujourd’hui qu’elle est là, nous pourrions presque nous plaindre d’en avoir trop. Et pourtant. Ce cumul exceptionnel — près de 1000 mm en trois mois — aura aussi été salutaire. Il nous permet notamment d’éviter une nouvelle fois l’arrachage de certaines parcelles, fragilisées par les années de sécheresse. Nous avons pris un peu de retard dans les travaux hivernaux, mais cela reste gérable. | | | | | En début de semaine, l’inquiétude était plus forte : les sols, saturés d’eau, avaient du mal à ressuyer, rendant impossible le passage des tracteurs. Et qui dit pas de tracteur dans les vignes, dit pas de traitement possible. Or la vigne, elle, n’attend pas. Elle a même de l’avance. Et le mildiou est déjà à l’affût. La protection contre le mildiou sera sans doute l’un des enjeux majeurs de ce millésime. Dans ce contexte, le cuivre — aujourd’hui essentiel en agriculture biologique — fait l’objet de restrictions croissantes au niveau réglementaire. Dans un environnement climatique où la pression des maladies s’intensifie, cette réduction progressive des moyens d’action crée une tension bien réelle sur le terrain. Pour les domaines engagés en agriculture biologique, les marges de manœuvre sont, par nature, limitées. Et elles le deviennent davantage encore. Face à une pression aussi forte que celle que nous connaissons aujourd’hui, les solutions disponibles sont peu nombreuses. Elles reposent sur un équilibre fragile entre efficacité, fréquence d’intervention et respect du vivant. Le cuivre reste un outil central. Non par confort, mais par nécessité. Il ne s’agit pas d’un levier de facilité, mais de l’un des rares moyens permettant de protéger la vigne dans des conditions humides, tout en restant fidèle aux principes de l’agriculture biologique. Sa restriction progressive, dans un contexte d’épisodes climatiques de plus en plus extrêmes, renforce les contraintes déjà existantes. Elle pose une question simple, mais structurante pour notre métier : - comment continuer à protéger la vigne de manière responsable, - sans compromettre les récoltes, - sans basculer vers des solutions que nous ne souhaitons pas, - et sans renoncer aux convictions qui fondent notre approche ? Ces évolutions ne relèvent pas d’une décision isolée, mais d’un cadre européen en mutation, où se croisent enjeux environnementaux, arbitrages politiques et réalités de terrain — parfois difficiles à concilier. Alors une question se pose : à force de restreindre les rares outils dont disposent les domaines engagés, ne risque-t-on pas, paradoxalement, d’en fragiliser le modèle lui-même ? Nous n’avons pas de réponse définitive. Mais une conviction demeure : celle de continuer à avancer avec exigence, à chercher des équilibres, et à défendre une certaine idée du vin. | | Quatre distinctions pour une première — et une conviction confirmée | | Dans ce contexte exigeant, une belle nouvelle est venue éclairer le début d’année. Pour la première fois nous présentions des vins à des concours. Quatre vins présentés et quatre médailles : Médaille d'Or - La Crose 2022 (VI) - Montado Dal Plo 2023 (VI) Médaille d'Argent - Le Peyra 2023 (RVF) - Cardanès 2022 (VI) | | | | | Avant même ces distinctions, certaines cuvées avaient déjà trouvé leur place auprès de dégustateurs exigeants. La critique — et en particulier Jean-Marc Quarin, qui nous a révélés il y a quelques années auprès des palais affûtés de ses lecteurs, et à qui nous réitérons nos remerciements — avait déjà noté Le Peyra et Montado Dal Plo au-delà de 90. Ces médailles, sans surprise, ne font que confirmer ce qui était déjà perçu. Mais là n’est pas le sujet. Parmi ces distinctions, La Crose 2022 a reçu une médaille d’or. Ce vin est particulier pour nous. Un pur Carignan — cépage souvent mal compris, longtemps délaissé — mais que nous considérons depuis le début comme un fleuron du Clos de Vènes. Nous sommes convaincus que cette cuvée deviendra, pour ceux qui ont la patience de l’attendre, notre véritable signature. Ceux qui ont déjà eu l’occasion d’ouvrir d’anciens millésimes ne nous contrediront pas. Longtemps majoritaire dans le vignoble français, le Carignan a été massivement arraché. Il ne subsiste aujourd’hui que sur une fraction du territoire, souvent porté par des vignerons convaincus de son potentiel. Nous faisons partie de ceux-là. De ceux qui continuent à miser sur ce cépage, alors même qu’il disparaît progressivement de notre région du Languedoc, l’un de ses derniers bastions. Les prochaines campagnes d’arrachage risquent d’ailleurs de lui porter un nouveau coup. La Crose demande du temps : - du temps à la vigne, - du temps à l’élevage, - du temps en bouteille. C’est un vin qui ne cherche pas à séduire immédiatement, mais à s’imposer avec justesse. Cette médaille vient confirmer une intuition que nous portons depuis plusieurs années : le carignan est un grand cépage. Encore faut-il lui laisser le temps de le devenir. Dans un autre registre, Cardanès 2022 a été récompensé d’une médaille d’argent. L’histoire de cette cuvée commence en 2019. Bernard — vigneron en son temps — nous propose alors d’acquérir une parcelle, avec ces mots : « Vu de la qualité de votre travail, vous devriez être capable d’en faire un grand vin. » Un bon commercial, Bernard. Nous en parlons à Christian, notre œnologue — nous profitons pour lui dédier ces médailles — qui nous répond très directement : « N’achètez pas ça, le Mourvèdre, c’est compliqué… et ça ne mûrit jamais. » Mes tendances disruptives refaisant brièvement surface, nous avons tout de même acquis la parcelle. Avec le recul, ce choix en dit déjà beaucoup sur la nature du vin qui allait naître. Car le Mourvèdre impose ses conditions.
Issu de Mourvèdre — un cépage rare, qui représente à peine 1 % du vignoble — Cardanès s’inscrit dans une autre exigence. Cépage tardif, solaire, parfois austère dans sa jeunesse, le Mourvèdre ne cherche pas à séduire immédiatement. Il demande des conditions précises, du temps, et une certaine rigueur dans son approche. Là encore, il s’agit d’un choix : - privilégier la structure à l’évidence, - la tenue dans le temps à l’expression immédiate, et proposer des vins qui trouvent leur place à table, plus que dans l’instant. Cardanès s’inscrit dans cette ligne : un vin construit, qui s’ouvre progressivement, et qui accompagne plus qu’il ne s’impose. Ces distinctions viennent reconnaître cette approche, et confirment notre volonté de travailler des cépages exigeants, capables de produire des vins de caractère, dès lors qu’on accepte de leur laisser le temps. | | Le millésime dicte ses choix | | Accepter de ne pas produire, pour mieux révéler autrement | | Comme nous l’évoquions précédemment, le Mourvèdre est un cépage exigeant, et surtout tardif. Il y a des années où la maturité que nous recherchons n’arrive pas. Dans ces cas-là, plutôt que de produire un vin qui ne serait pas à la hauteur de nos exigences, nous faisons le choix de ne pas produire de rouge. Une année blanche, assumée — cela a d’ailleurs été le cas pour Le Moulin sur les millésimes 2024 et 2025.
| | | | | Mais ces millésimes ouvrent d’autres chemins. Ils nous permettent notamment d’élaborer des rosés de gastronomie, précis et structurés. Ne pas céder à la production, c'est assumer les chemins les moins attendus. Après l’expédition des allocations, Cardanès rosé 2024 reste disponible — quelques centaines de flacons seulements. - 100% Mourvèdre - Parcelle de Cardanès - Vendangée le 4 octobre 2025 - Préssurage direct, vinification en cuve - 12 mois d'élevage en partie sur lies - Mis en bouteille 19 décembre 2025 - Produit en 75cl - 18,00€ TTC Un rosé à contre-courant, là encore : travaillé pour sa structure plus que pour la facilité. On y retrouve : - une matière présente, - une trame saline, - une finale longue, résolument gastronomique. C’est un rosé de table, pensé pour accompagner, plus que pour simplement rafraîchir. Le choix de ne pas l’assembler avec de la Syrah lui confère davantage de tension, une ligne plus droite, plus précise. Un pari — assumé — que ce millésime vient confirmer. | | Quand le vin est compris, la valeur change | | Nous avons récemment animé des master class au Wood Hotel. Un majestueux complexe que nous vous recommandons chaleureusement d'autant plus que le vin y tient une place importante. Ces moments sont essentiels. Ils offrent un cadre où le temps est donné à la dégustation, à l’échange, et surtout à la compréhension. Ce sont ce que nous appelons des marchés de discernement : des lieux où le vin est écouté, questionné, compris — et non simplement consommé. | | | | | C’est là que nos vins trouvent naturellement leur place. Mais ces espaces restent rares. Non par manque d’intérêt, mais parce qu’ils exigent du temps, de l’attention, et une véritable culture du vin. Ils supposent aussi une volonté d’aller à la rencontre des vignerons, de comprendre les lieux, les choix, les équilibres. Lorsqu’un vin est présenté uniquement comme un produit, associé à un prix, il se confronte immédiatement aux repères du marché — au prix moyen d’une appellation, à des comparaisons rapides, souvent réductrices. Mais lorsqu’il est porté par une histoire, une intention, une cohérence, la perception change. La valeur ne se limite plus à un prix. Elle devient compréhension. Et la compréhension, elle, ne se compare pas. Car le vin ne se résume pas à un produit. C’est une histoire, un paysage, une intention. Et peut-être, avant tout, une relation. À ce titre, l’exemple du Wood Hotel est révélateur. Situé à La Réunion, son propriétaire prend le temps de venir rencontrer les vignerons en métropole, de comprendre les lieux, les histoires, les choix. Une démarche exigeante, mais essentielle. D’autres, tout aussi éloignés, s’inscrivent dans cette même logique. Jean-Michel, installé aux Caraïbes, fait lui aussi le choix de venir à la rencontre des vignerons, de comprendre les lieux et les histoires. Cela interroge, en creux : si la distance n’est pas un frein à la rencontre, qu’est-ce qui l’est réellement ? À ceux — professionnels — qui prennent le temps de venir à notre rencontre, nous disons merci. À ceux qui feront ce choix demain, nous disons bienvenue. | | Prolongez l’expérience au domaine | | Séjournez au domaine et découvrez nos vins là où ils prennent leur sens | | Le vin se comprend mieux lorsqu’il est replacé dans son contexte. Au Clos de Vènes, nous vous accueillons en amis pour partager ce qui ne s’écrit pas toujours : les lieux, les équilibres, les choix qui façonnent chaque cuvée. Séjourner au domaine, c’est prendre le temps. Celui de parcourir les vignes, de goûter les vins là où ils naissent, de comprendre ce qui les relie — et souvent, de tisser des amitiés.
Un autre rapport au vin, une expérience. | | | | | Nous travaillons avec le temps. Pas contre lui. Rendez-vous à la prochaine édition de la newsletter, certainement avant l'été 2026, d'ici là, passez un excellent printemps. | | GAEC Le Clos de Vènes Sylvie & Christophe Jacquel 1, place de l'église 11700 Saint-Couat d'Aude christophe@closdevenes.com +33(0)4 68 32 29 82 | | | |